[ouvert] Chroniques de Kadar Hil

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[ouvert] Chroniques de Kadar Hil

Message  Hiragil le 12/11/2012, 20:55

Le Bâtard avait enfin trouvé celui qu'il devait voir. Il était allongé sur un filet tendu entre deux arbres, profitant des chauds rayons du milieu de journée. Il n'avait pas l'air spécialement fort ; il ne portait pas de casque, pas de cape, rien qui le différenciât des autres ; il était assez jeune, son âge à peu près. Mais il était sur que c'était lui qu'il fallait voir ; la Pie avait été très claire là-dessus.
L'homme des plaines n'aimait pas beaucoup la Ville et la façon dont les gens y vivent. Il venait demander un papier pour être chez lui dans les murs à-demi effondrés qu'il redressait. Il ne comprenait pas beaucoup l'intérêt de ce papier et surtout il se demandait combien l'homme de la ville allait lui demander en échange du papier. Il espérait pouvoir le régler en lui coupant du bois pour l'hiver et en lui fabriquant des couvertures en peau d'ours. Ca c'était le plus important, ensuite il lui faudrait trouver un cadeau pour la Pie, mais ça ne viendrait qu'après, quand les jours seront courts et les nuits longues autour du feu.

Anthelme, l'homme du papier parlait beaucoup et posait des questions. Le Bâtard eut un peu de mal à parler de son clan d'où il s'était échappé. Cette fuite le mettait mal à l'aise et il répugnait viscéralement à l'évoquer. Mais, comme tous les autres, il n'avait pas trouvé que son nom fut un bon nom, alors il avait bien du dire qu'il venait de la Pierre Levée. Un bref instant le souvenir de ce monolithe dressé au milieu de la vollr le remplit de nostalgie et de fierté, juste avant qu'il ne se rappelle pourquoi il n'était plus là bas.
Anthelme expliqua alors que le chef de la petite Ville s'appelait Prévôt. Et c'est lui qui garde le papier qui dit à qui appartiennent les maisons de pierre. Et c'est aussi lui qui s'occupe des disputes. Le Bâtard aurait bien aimé récupérer le papier et le garder toujours sur lui, pour être sur et pour toujours pouvoir montrer qu'il était bien chez lui. Il se méfiait un peu de cette façon de faire. Il savait surtout que si quelqu'un venait avec ou sans bout de papier pour lui dire qu'il devait partir, ce quelqu'un repartirait très vite, raccompagné par des coups de bâtons jusqu'à la porte des Meule au moins. De ça il en était certain, plus que des copies du papier dans la grande maison et dans la petite.

Anthelme s'assit alors à sa table et commença à écrire ce qui devait être écrit dans ces cas là. Pour passer le temps, le Bâtard fixa le bout de la plume qui bougeait plus vite que si l'oiseau qui l'avait portée était en train de se débattre.
La plume commença alors à s'agiter par elle-même, à bouger vite, très vite, un peu partout dans la pièce. A chaque fois qu'elle s'arrêtait pour changer de direction, elle se dédoublait et le champ visuel de l'homme des plaines fut rapidement envahi. Des centaines de plumes grises tombèrent lentement en virevoltant, d'autres restèrent sur place.
Il n'y avait plus de plafond, juste le ciel noir de la nuit et la lumière vermillon d'un grand brasier Le mur devant lui menaçait de tomber. Il savait qu'il se passait quelque chose derrière, quelque chose de mauvais et de violent. Mais comme à chacune de ses visions il était pétrifié sur place, incapable d'agir. Après qu'il ait pu prendre suffisament peur de ce qu'il ne pouvait pas voir, quelque chose tomba et vint rouler jusqu'à l'ouverture de la porte qui s'étiolait, plume par plume.

-"Vous avez compris ?" Anthelme faisait négligemment une croix en bas du papier qu'il rangea dans un dossier.
- " Il connait l'histoire de cette maison ?
- Je m'y intéresse, oui.
- Il ne devrait pas. C'est un conseil que je lui donne.
- Mais, c'est mon métier de découvrir l'histoire.
- S'il ne veut pas écouter les conseils, je ne peux pas l'aider."

En sortant de la maison, il vit qu'il y avait un poulailler dans le jardin. Il se détendit un peu et esquissa un vrai sourire.
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Re: [ouvert] Chroniques de Kadar Hil

Message  Hiragil le 5/12/2012, 22:31

L’homme des plaines était vraiment très embarrassé. La jolie femme qu’il avait trouvée un soir devant la porte fermée d’une taverne était d’une étrange singularité pour lui.
Ils avaient discuté toute une nuit autour d’un feu dans les ruines qui lui servaient aujourd’hui d’habitation. C’était un feu comme il les aimait. Il avait d’abord une lumière qui donne un repère dans la nuit, un endroit où se réunir ; il avait ensuite une chaleur propre qui réchauffait les corps, qui apaise les craintes dans l’obscurité sans limite ; il avait enfin cette autre chaleur qui ne se trouvait que dans un clan, ce plaisir de partager en moment dans une compagnie – une confiance partagée.
Cette femme se désolait de perdre son nom et ne se rendait pas compte de la chance que cela pouvait représenter. Oh, le Bâtard avait bien essayé de lui montrer qu’un nom et qu’une ascendance n’étaient pas nécessaires pour vivre. A vrai dire il ne comprenait pas qu’on puisse se mettre dans un état pareil pour quelque chose qui ne nourrissait pas et qui ne tenait pas chaud. Mais il avait bien vu que cela avait une grande importance pour celle qui en avait été nantie et qui l’avait perdu.
Elle avait aussi des soucis avec son frère. Cela il pouvait le comprendre un peu parce qu’il considérait son ami comme un frère, mais il concevait difficilement que le même sang puisse se battre avec autant de froideur. Dans un clan il pouvait y avoir des disputes mais à la fin, comme tous les membres vivaient ensemble, ils devaient se réconcilier. A cette étrangeté se mélangeait aussi une jalousie larvée d’avoir quelqu’un d’aussi proche. Sa mère n’avait pas eu d’autre enfant avec son père. Il était un exemplaire unique et accepté dans le clan plus qu’admis de plein droit, comme cela aurait du être le cas si son histoire avait été habituelle.

Par la suite ils s’étaient rencontrés plusieurs fois, par hasard. Le Bâtard devait beaucoup voyager pour gagner l’argent dont il avait besoin maintenant qu’il vivait dans une maison en pierre. Au fur et à mesure de ces rencontres, sa situation s’améliorait tandis que celle de la femme semblait empirer. Il avait pu acheter les outils dont il avait besoin pour passer l’hiver qui approchait et rencontré des personnes qui pourraient lui venir en aide. Elle, trouvait toujours une nouvelle catastrophe à lui annoncer, prouvant bien que la vie dans la Ville n’était pas celle dont il rêvait. Il avait eu pitié d’elle à chaque fois, lui proposant l’abri de son toit, si elle en avait ressenti la nécessité ou juste l’envie. Elle n’était jamais passée mais cela ne le regardait pas. Il avait fait plus que ce à quoi il était tenu en proposant son aide à quelqu’un qui n’était pas de son clan, et dont l’avenir n’avait pas d’incidence sur sa vie.

Alors l’annonce par cette femme de son mariage le stupéfia. Ce sentiment se mélangeait à un réel bonheur d’une aussi bonne nouvelle. Il avait honte aussi de s’être trompé sur son compte, lui qui la croyait au fond du gouffre. Il se posait ainsi beaucoup de questions qui resteraient sans réponse, se demandant pourquoi elle ne lui avait pas parlé de cet homme. Au plus profond de son cœur, il craignait qu’elle ne se soit lancée dans cette aventure amoureuse que par dépit de sa situation familiale ; bien sur il ne lui avouerait jamais cette crainte qui jetait le doute sur l’honneur de tous les protagonistes.
Mais c’est la requête spéciale de la femme qui le surprit. Il ne comprenait pas pourquoi il avait été choisi lui, plutôt que le frère : ça aurait été une belle occasion pour eux de se réconcilier. Mais cette rougeur quand elle lui avait demandé d’être là à la cérémonie… Il la considérait comme une amie mais aussi une étrangère à son clan. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi elle l’avait choisi, lui qui n’était chez lui nulle part. Mais il avait donné son accord. On disait dans la vollr qu’un don honore celui qui l’accepte Il ne pouvait pas refuser.

Toutefois cette situation était très embarrassante pour lui. L’hiver approchait et il n’avait pas fini ses préparatifs pour le passer, ignorant la rigueur du froid dans la région. Et puis il allait y avoir des frais, comme un beau costume et un cadeau pour les époux. Le Bâtard avait gagné quelques pièces qu’il avait immédiatement dépensées pour sa maison. Il n’avait plus rien et il serait difficile de trouver du travail, tout le monde se préparant à passer l’hiver. Il y avait bien cet argent dont la Pie lui avait parlé : un argent qu’il aurait gagné sans travailler. Il espérait bien ne jamais devoir toucher à cet argent. Mais il ignorait aussi combien Prévot allait lui demander pour la maison dans la ville et s’il espérait pouvoir s’arranger avec lui il n’en savait rien. Le seul point encourageant, c’est que la date du mariage n’était pas encore connue et qu’il pouvait avoir un peu de temps pour trouver une solution à son manque de pièces.
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